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Médecine et économie de la santé Un couple mal assorti ?


Médecine et économie de la santé Un couple mal assorti ?

Les mesures gouvernementales en matière de santé font souvent l’objet de vives critiques de la part des prestataires de soins. Tous sont pourtant bien conscients que des économies ou restrictions budgétaires sont nécessaires, surtout dans le contexte de crise que traversent certains pays dont le Togo. Mais les prestataires de soins connaissent-ils les mécanismes qui sous-tendent le financement des soins de santé ? Leur formation en administration ou en économie de la santé est-elle suffisante? Surtout que les administrateurs ou gestionnaires de nos structures sanitaires ne sont que des médecins de formation nommés du jour au lendemain. Le rôle primordial de tout médecin ou prestataire de soins est naturellement de soigner le patient. Mais de plus en plus, les médecins se rendent compte, bien malgré eux, qu’il existe également dans leur pratique, une dimension économique importante. La première notion que doivent connaître les médecins, est celle du coût d’opportunité. En d’autres termes, lorsque les ressources sont limitées, comment les utiliser au mieux pour répondre aux besoins de la société? Les médecins voient d’abord tous, l’intérêt de leurs patients et pensent que les progrès de la médecine doivent être financés. Or, accorder davantage de financement à la santé, cela entraîne inévitablement une diminution du financement de l'éducation, des besoins sociaux, des besoins en infrastructures, le financement de l’agriculture pour ne citer que ceux-ci. Et si les gens sont moins bien formés, les besoins sociaux moins bien pris en charge et en situation d’insécurité, la santé de la société va forcément décliner.

Rappelons cependant que d’après les directives de la CEDEAO, la santé devrait être financée à environ 15% du budget de chaque Etat. Ce taux a oscillé entre 7,2% en 2001 et 3,92% en 2012, très loin des directives communautaires. D’après les comptes nationaux de santé, 51% des dépenses de santé sont à la charge des ménages et près de 70% de  ces dépenses sont destinées à l’achat des médicaments. Ceci est malheureusement dû à une absence de couverture sanitaire pour tous. L’assurance maladie ne couvre qu’environ 5% de la population. Ce phénomène qui aboutit  automatiquement à une médecine à deux vitesses où les gens qui ont de gros problèmes de santé mais à faibles revenus n’auraient tout simplement plus accès aux soins. Dans la perspective de tendre vers une assurance maladie universelle l’Etat togolais devrait créer un fonds adossé à un ou des produits pérennes comme les boisons ou le ciment. Devant cette situation, les questions d’économie de la santé devraient intéresser tous les médecins. Lorsque le médecin fait des choix thérapeutiques, il doit tenir bien entendu compte de l’intérêt de son patient, mais aussi de la société et qu’il ne perde pas de vue son serment. Il doit essayer de faire un choix responsable avec l’idée des vases communicants. Le fait que le coût des prestations soit essentiellement adossé au revenu des concitoyens, doit interpèler le médecin, à rester humble, à ne pas exagérer, à ne pas faire des prescriptions induites. Garantir l’accessibilité aux soins de santé nécessite également une prise de conscience de la part du patient. Ce rôle de responsabilisation fait d’ailleurs partie des priorités fixées par les Mutualités.

Conscientiser le patient est le rôle de la mutualité, mais aussi des médecins. Les mutualités informent et responsabilisent le patient, par exemple, afin d’éviter qu’il n’ait trop souvent recours aux urgences. Mais dès que le patient entre dans un système de soins, dans un hôpital, il ne maîtrise plus aucun choix. C’est le médecin qui fait les choix. Finalement, le médecin joue un rôle prépondérant. Le patient occupe une position asymétrique (en termes d’information, d’expertise…) face au médecin qui peut être amené à faire des pratiques parallèles sur ce patient augmentant ainsi ses dépenses de santé. Ainsi, les médecins qui n’ont aucune notion d’économie de la santé pourraient être plus vulnérables par rapport à certaines formes de démagogie ou plus réticents par rapport aux médicaments essentiels et génériques. Loin de nous l'idée de défendre la politique gouvernementale, il serait souhaitable d'avoir des notions d’économie de la santé et d’analyse coûts/efficacité permettrait de mieux comprendre les choix de l’INAM et les mutualités relatifs aux charges couvertes par ces assurances maladies, même si on n’y adhère pas forcément, et de percevoir ces institutions de santé comme des partenaires et non comme des ennemis. 

Dès lors il s’avère nécessaire de former davantage les médecins, futurs prescripteurs et les gestionnaires des hôpitaux à la notion d’économie de la santé pour comprendre les enjeux des systèmes de santé, leur financement, la notion de coût d’opportunité, les conditions de l’accessibilité aux soins, les analyses coûts efficacité et coûts-bénéfice. Mais tous les médecins ne doivent pas devenir des experts dans tous les domaines, les médecins devraient être capables de comprendre les enjeux des systèmes de santé, des réformes, de s’imprégner des études coût-efficacité et d’en comprendre les résultats afin d’être des acteurs responsables de la santé de la société. 

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